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19 janvier 2019

LE COMMENCEMENT....

"LE COMMENCEMENT…."

par François VANDE VILLE

politique,mouvement démocrate,débats de sociétéLe mouvement des "gilets jaunes" (GJ) n’arrive pas à conclure : tout simplement parce qu’il ne se résout pas à entrer dans le jeu politique classique, et représentatif.

Ce mouvement continue de s’effilocher, malgré la persistance d'un noyau "dur" et résistant. Beaucoup de GJ ont abandonné, fatigués par la répétition des mobilisations, déçus par les bisbilles internes, lassés par les batailles d’ego de leurs porte-paroles, partiellement satisfaits par les concessions présidentielles, ou attendant les résultats du grand débat. Mais le mouvement perdure, comme si les derniers GJ craignaient qu’en quittant la scène de l’actualité ils ne redeviennent invisibles, et pour longtemps.

Cette crise sociale et politique reste toujours aussi énigmatique. Elle le fut dans son déclenchement "inattendu", puis dans son fonctionnement, lui, "inorganisé", et enfin dans ses revendications, elles, "désordonnées". Cette crise l’est maintenant dans cette façon de décliner sans vouloir mourir, dans cette incapacité à conclure. Ce n’est pas une bonne nouvelle, ni pour les GP, ni pour le pouvoir, ni pour le pays. Cette impossibilité à sortir de la crise est un signe d’impuissance collective.

Le chef de l’État et le gouvernement ont su faire retomber quelque peu la tension et empêcher le blocage du pays. Mais ils n’ont pas rassuré les catégories les plus inquiètes. Les partis politiques ont vécu le mouvement comme une "divine surprise". Pour les modérés, c’était un coup porté à un Président qui les avait laminés. Pour les radicaux, c’était l’espoir (enfin pour eux !) de renverser le pouvoir. Si tous ont soufflé sur les braises, aucun d’eux n’est apparu comme porteur d’espoir pour les GJ : ils tournent désormais en rond.

Les acteurs de ce mouvement, en ne concluant pas, démontrent qu’ils ne savent pas comment transformer une longue mobilisation sociale en action politique.

Plusieurs certitudes sont aujourd'hui évidentes : • le Président Macron ne démissionnera pas • l’Assemblée Nationale ne sera pas dissoute • la démocratie représentative ne disparaîtra pas. Aucune des conditions nécessaires pour quelqu'une ou autre de ces éventualités n'est remplie pour répondre aux attentes des uns ou des autres. Même nos textes législatifs ne sont pas prêts d'y faire face sans retomber dans les mêmes pièges dénoncés aujourd'hui : il faut œuvrer d'abord, et avec profonde réflexion concertée, avant d'agir.

Pour obtenir légalement d’autres résultats, les GJ vont donc devoir faire de la Politique, celle qui s'écrit avec un "P" majuscule comme il se doit. Car, à ce jour, on n’a rien inventé de mieux pour que ça change. Le débat ne fait donc que commencer. Et il ne le sera pas qu'avec les maires : tous seront inévitablement concernés.

16 janvier 2019

L'ÉCHANGE....

"L'ÉCHANGE..."

par François VAN DE VILLE

debat.jpgHier, ce 15 Janvier 2019, le "grand débat" souhaité par le Président de la République a commencé, en Normandie, par une longue séance entre le chef de l’État lui-même et des centaines d’élus locaux.
 
De l’air, enfin !

On avait oublié, depuis deux mois, que les nombreux problèmes que ne peut manquer de connaître toute société  pouvaient être exposés avec conviction, précision et pondération.

On croyait, depuis deux mois encore, le pays menacé par la misère, voire la famine, façon Victor Hugo "Les Misérables". On pensait aussi la démocratie confisquée par une oligarchie cosmopolite. On imaginait enfin le pays au bord de l’insurrection, dernier recours d’un peuple qu’on ne voulait pas écouter.

Or, hier, il  nous a été permis d’assister à une rencontre entre le Président de la République et plus de 600 élus locaux de Normandie, en guise de lancement de ce "grand débat". On découvrait des hommes et des femmes connaissant par cœur leur commune et ses habitants, maîtrisant les dossiers, sévères parfois dans leurs critiques, mais modérés dans leur jugement, engagés et capables de distance et, parfois même, d’humour. Grâce à eux, la France cessait d’être un enfer fantasmé pour redevenir un pays vivant, aux prises avec des difficultés, mais décidé à les régler collectivement.

Ces maires, bien placés pour connaître les revendications des "gilets jaunes" - et souvent pour les partager - sont aussi apparus comme l’exact contraire de ces "porte-parole auto-désignés" de ce mouvement : ces maires, eux, ne déblatèrent pas, par rapport aux autres avachis dans leur sofa, s'exprimant d’un ton faussement dégagé mais fréquemment provocateur, et l'œil toujours rivé sur les connexions pendant d’interminables et délirants "Facebook live" ou autres plateaux médiatiques. Les maires et ces élus, eux, ne s’arrangent pas avec la vérité : ils affrontent le monde réel, pas celui de romans anciens ré-exhibés d'imaginations délirantes.

Pour un débat politique et citoyen, c’était un bon début. Mais, ne nous trompons pas, ce très riche échange n'est aussi qu'une première : il faudra garder le même contact emprunt de vérité.

Le débat doit se prolonger un peu partout en France pendant deux mois. Il ne faut pas qu'il se rompe et perde cette qualité d'échanges. Sinon, gare aux dégâts !

14 décembre 2018

DU MAILLON FORT AU MAILLON FAIBLE....

TRIBUNE LIBRE

"MACRON, DU MAILLON FORT AU MAILLON FAIBLE"

par Hervé Favre

mouvement démocrate,politiqueComme ses prédécesseurs, le président français a dû suspendre  la marche vers l’équilibre budgétaire déjà atteint par treize pays : il a dû consentir à marginaliser la France du code de bonne conduite budgétaire communautaire.

"Dans les moments de crise, le chiffrage est secondaire"… Cette leçon, tirée mardi soir par Emmanuel Macron devant les parlementaires de la majorité, marque un vrai tournant dans le quinquennat. Notre jeune Président, accueilli en sauveur sur la scène européenne avec en gage de sa crédibilité la promesse de remettre les comptes du pays à l’équilibre, renoue avec une tradition bien française : elle consiste à s’affranchir de la discipline budgétaire européenne à la première occasion.

Déjà, en 2008, face à la crise financière venue des États-Unis, Nicolas Sarkozy avait ouvert les vannes budgétaires avec certaines bonnes raisons. Le déficit devait culminer en 2009 à 7,9 % du PIB, mais le sauvetage du secteur bancaire et de nos constructeurs automobiles était à ce prix.

En novembre 2015, après les attaques terroristes à Paris, François Hollande enterrait à son tour son objectif de ramener à 3% en 2017 notre déficit. Mais le "pacte de sécurité" passera devant le "pacte budgétaire" avec, à la clef, 5.000 postes supplémentaires de policiers et de gendarmes, ce que personne, à part les casseurs, ne regrette aujourd’hui.

À son tour encore, Emmanuel Macron suspend la marche vers l’équilibre souhaité, mais pour une raison nettement moins recevable par nos partenaires européens, dont treize (sur vingt-huit) sont en excédent, à commencer par l’Allemagne. Il s’agit cette fois de répondre aux revendications d’un mouvement social d’un nouveau genre, qu’on qualifiera lui aussi "d’exception française", même s’il déborde un peu en Belgique.

Certains diront que la paix sociale vaut bien un dépassement des 3%. Mais il sera difficile désormais au Président français de tenir le rôle de réformateur en chef de la zone euro qu’il ambitionnait au départ. En témoigne la timide amorce d’un budget de la zone euro lancée cette semaine par le Conseil européen à Bruxelles, loin, très loin même des ambitions françaises du départ.

08 décembre 2018

LE PÉRILLEUX MESSAGE PRÉSIDENTIEL....

LE PÉRILLEUX MESSAGE PRÉSIDENTIEL

macron.jpgL’intervention prochaine annoncée du Président Macron sera décisive pour la suite  de son quinquennat. Il devra, en effet, montrer qu’il peut rassurer et réformer.

Sans être de tout repos, la journée de ce samedi 8 Décembre fut moins violente à Paris que les deux précédents samedis. Le Président de la République attendait ce moment pour, enfin, parler.

Qu’on le soutienne ou pas, on ne peut que lui souhaiter bon courage, tant il lui sera difficile de solder le mouvement, de rassurer l’opinion et de maintenir sa mission réformatrice tout en préparant les prochains rendez-vous électoraux.

D’autant qu’il aura cristallisé toute la détestation et la hargne qui se sont exprimées. Il va lui falloir s’adresser à une opinion dont la part la plus contestataire ne veut même pas l’entendre. Or, ce qu’il aura à dire nécessitera l’attention la plus vive. Parce que la crise qu’on traverse est aiguë et qu’il faut des gestes forts pour en sortir. Et parce que les raisons profondes du malaise exigent des explications qui ne peuvent être réduites à quelques formules.

La majorité des Français attend du Président qu’il prouve, par des décisions concrètes et d’application immédiate, qu’il a compris le désarroi de ceux qui travaillent et ne s’en sortent pas. Ce qui ne sera déjà pas facile mais de surcroît déjà insuffisant.

Les causes de cette révolte ne se réduisent pas à une insuffisance de revenus. La mondialisation et la numérisation de l’économie tuent des métiers et en créent d’autres, elles affaiblissent les classes moyennes, elles précarisent leurs enfants, elles cassent l’ascenseur social quand, au contraire, elles réussissent à d’autres, mieux formés, plus urbains, plus mobiles.

Or, le Président Macron est perçu comme le Président de ces seconds.

Pour devenir le Président de tous les Français, il doit améliorer le sort des perdants de la mondialisation et les protéger comme il l’avait promis. Il doit aussi expliquer ce grand bouleversement du monde et donner des assurances sur la capacité du pays à l’affronter. Et parier sur la capacité des Français à résister à la tentation démagogique.

Dure et périlleuse mission que ce message à faire passer.

François VAN DE VILLE

Secrétaire Général du MoDem du GARD

01 décembre 2018

L'ARGUMENT DE LA COHÉRENCE : SES LIMITES....

TRIBUNE LIBRE

 
mouvement démocrate,politiqueNous sommes dans une impasse, et elle est violente.
 
La responsabilité du chef de l’État est d’en sortir le pays. Même s’il est très seul. 

On finit toujours par tuer les porteurs de mauvaises nouvelles, en espérant qu’elles disparaîtront avec lui. On reproche ainsi aux chaînes d’information en continu de montrer complaisamment les scènes de vandalisme, et ainsi de les encourager, comme si l’humanité avait attendu la création de BFM TV pour se livrer à la violence, l’une de ses constantes passions. Il est, au contraire, utile de donner à voir les débordements d’un conflit, afin que les citoyens et les dirigeants regardent en face chacune de ses réalités.

L’écrasante majorité des Gilets Jaunes ne voulait pas qu’on attaque des policiers, ni qu’on souille l’Arc de Triomphe, ni qu’on incendie des voitures, ni qu'on pille des magasins ou qu'on incendie des résidences privées.
 
Mais chacun savait pertinemment que le risque de voir se répéter les actes de violence de samedi dernier était maximal. Ce danger n’a pas dissuadé pour autant les Gilets Jaunes de manifester de nouveau au cœur de Paris ; il n’a pas empêché un ancien Président de la République - François Hollande - d’encourager le mouvement ; il n’a pas conduit davantage les dirigeants de l’opposition à choisir la voie de la responsabilité et de la dignité.
 
Une classe politique qui attise les braises pour précipiter l’alternance ou l’avènement d'un "grand soir" inespéré, et des Gilets Jaunes qui ne parviennent pas à sortir d’une colère sincère pour enfin faire de la politique, comme il se doit en démocratie : le Président de la République est le seul capable de sortir le pays de cette impasse. Et c’est son rôle.
 
Or, sa dernière intervention sur la transition énergétique n’a fait que radicaliser le mouvement : il ne peut opposer éternellement sa cohérence face à une révolte, ni la raison face aux passions.
 
Il faut qu’il fasse, lui aussi, de la politique, en prenant une initiative forte. Or il ne s’est pas adressé une seule fois aux Français, directement, les yeux dans les yeux, depuis le début du mouvement.
 
Ceci est étonnant. Est-ce une stratégie ? N'a-t-on pas atteint ses limites ? L'avenir nous le dira bientôt.

25 novembre 2018

LES SANGLOTS LONGS....

TRIBUNE LIBRE

"LES SANGLOTS LONGS...."

par François VAN DE VILLE


La journée de ce long et triste samedi 24 Novembre 2018, devant les images largement relayées de ce qui se passait à Paris, ont fait ressurgir en moi ce poème de Paul Verlaine ("Chansons d'automne") :

"Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'un langueur monotone".

Et de me rappeler que cette même strophe avait été utilisée le 5 Juin 1944 par les Alliés pour annoncer le débarquement du lendemain en Normandie. La France allait-elle vivre un nouveau bouleversement similaire à celui du 6 Juin 1944 où tout devait être renversé ?

...../.....
 
Suite de ce billet de François VAN DE VILLE sur le lien suivant :

http://www.francois-van-de-ville.com/archive/2018/11/25/les-sanglots-longs-6108151.html

 

23 novembre 2018

LA FRANCE PÉRIPHÉRIQUE À PARIS

TRIBUNE LIBRE

"LA FRANCE PÉRIPHÉRIQUE À PARIS"

par Jean-Michel Bretonnier

gilet.jpgLes Gilets jaunes quittent aujourd’hui leurs ronds-points pour monter à Paris : Ils prennent le risque de se compter et d’afficher leurs divisions.

Emmanuel Macron a voulu qu’on sache qu’il annoncerait, mardi, des propositions pour rendre la transition écologique "juste, équitable et démocratique". Une manière de ne pas renoncer à ses ambitions écologiques et de se soucier (même si c'est un peu tard !) de leur accompagnement social et politique. Il ne se fait vraisemblablement pas d’illusion pour autant sur sa capacité à dégonfler la mobilisation dès aujourd’hui : il se contenterait même de ne faire baisser qu'un peu la pression.

Ce week-end, la parole et l’action sont donc encore aux Gilets Jaunes. Ils se savent épiés. Ils ont tenu jusqu’ici, malgré un inévitable essoufflement. Ce mouvement social "de proximité", qui refuse farouchement tout soutien politique ou syndical, qui rejette tout candidat au leadership, qui n’aime pas les têtes qui dépassent, qui n’a formulé aucun cahier des charges centralisé, qui accueille en son sein des mamies modérées et des "justiciers"  anti-migrants, quitte aujourd’hui ses ronds-points pour monter à Paris.

Ce faisant, il prend des risques : celui d’être débordé par des casseurs qui profiteront de l’inexpérience des manifestants. Celui aussi d’offrir le visage d’un mouvement incapable de se fédérer si les points de rassemblement sont multiples, alors que la profusion des actions témoignait jusqu’ici de la spontanéité et de la généralisation d’une colère. Encore aussi le risque de se voir enfin compté, et de souffrir de la comparaison avec quelques grands et historiques rassemblements près desquels il ferait pâle figure.

Toujours soutenu cependant par une majorité de Français, le mouvement, s’il était "classique", devrait déboucher sur des acquis. Mais il n’est pas "classique" du tout et hors toutes normes connues. Ce mouvement est l’expression spontanée et vague d’une vraie colère, qui ne remonte pas à la dernière élection, et qui ne retombera pas de sitôt.

Les préparations des fêtes de fin d'année risquent fort d'être plus que perturbées.

16 novembre 2018

LES GILETS JAUNES : QUEL AVENIR ?

LES GILETS JAUNES : QUEL AVENIR ?

gilets.jaunes.jpgLes gilets jaunes sont un mouvement populaire qui, à force de ne plus croire en la politique, s’en prend apparemment à la société  elle-même.

C’est un mouvement tout-à-fait inédit de par sa forme privée de tout leader, et étonnant de par l'origine et la soudaineté de son émergence.

Les gilets jaunes se définissent comme des "citoyens ordinaires" qui décident de bloquer - un samedi ! - les routes de France : donc ils s’en prennent de fait à eux-mêmes. Sans moquerie aucune face à cette spontanéité qui inspire grand respect et force à la réflexion, on pourrait dire que ce mouvement constitue une sorte d'anthropophagie sociale. Ce phénomène n'est pas nouveau dans l'histoire de nos sociétés. Mais quel avenir peut accorder à ce soudain appétit si on se réfère précisément à l'histoire des précédents mouvements identiques et qui tous.... ?

En effet, c'est la société qui fait grève contre elle-même. Et un tout récent sondage (France Info et Le Figaro) affirme même que 74 % des Français se disent favorables à ce mouvement.

Ceci est révélateur de la profondeur du trouble qui frappe actuellement une large partie de notre pays.

La sympathie de ce mouvement pour une fronde spontanée et populaire semble cependant être proportionnelle à la méfiance que lui inspire tout ce qui est "politique" et "institutionnel". La forme "disruptive" de cette grogne massive a même poussé le Président de la République à un aveu d’échec : "Je n’ai pas vraiment réussi à réconcilier le peuple français avec ses dirigeants".

Cet aveu est, certes, transitoire, mais il n’en est pas moins terrible venant d’un homme, devenu Président pour avoir précisément compris, au moment où il faisait campagne, à quel point les Français étaient déçus par les "politiques", et avoir su leur faire espérer une autre façon de diriger le pays.

L’une des sources de son échec actuel est d’avoir cru qu’il serait capable d’instaurer une relation forte et directe avec un pays qui se serait lui-même "mis en marche". La fusion de son talent personnel, doté d'une exceptionnelle intelligence, portée ensuite par le génie d’un peuple, aurait certes produit des miracles, surtout quand les intermédiaires (partis politiques, élus locaux, syndicats), ou ils le suivaient, ou ils étaient tous emportés par cette déferlante de la transformation.

Les choses, hélas, ne se sont pas passées comme il l'espérait. Et aujourd'hui, Emmanuel Macron semble vouloir s’appuyer de nouveau sur ces forces-là; avec des partis politiques en panne généralisée d’inspiration, des élus locaux fatigués, et des syndicats en pleine panade.

On se trouve donc, aujourd'hui, dans la situation où il n’y a plus rien, ni personne, pour canaliser la colère et les aspirations populaires. Ainsi sont nées aujourd'hui les vestes jaunes, mais elles aussi frappées à leur tour par l'absence totale de ligne conductrice organisée et réfléchie, et de tout interlocuteur pour fixer un nouvel horizon à ces légitimes aspirations.

Quel avenir à tout cela ? La boule de cristal n'apporte aucune réponse à cette question. Seule la volonté de tous les citoyens, libérés des multiples influences ou volontés opportunistes de récupération partisane, fera surgir ce nouvel horizon espéré. Vaste ambition que voilà !

F. VDV

11 novembre 2018

LES CAVALIERS SEULS

LES CAVALIERS SEULS

nationalisme.jpgL'attitude particulièrement méprisante de Donald Trump, depuis son arrivée à Paris vendredi et précédée d'un tweet insultant pour son hôte et jusque ce dimanche 11 Novembre - comme, dans une moindre mesure, celles plus prudentes mais non mois significatives des Poutine ou Netanyahou (pour ne citer que les principaux) - ont illustré le retour des égoïsmes nationaux dénoncés brillamment par Emmanuel Macron et Angela Merkel.
 
Que faut-il retenir de cette journée de commémoration du centenaire de l’Armistice ?

L’image de ces soixante-dix chefs d’État et de gouvernement remontant à pied vers l'Arc de Triomphe, sous une pluie battante et au son des cloches de Notre-Dame retransmises jusque là et rappelant celles qui résonnaient au même instant il y a 100  ans, a été un moment fort, rempli d'une émotion prenante. Puis a suivi celle d'un Donald Trump, faisant cavalier seul, au milieu d'un cortège outrancieusement tankerisé et éloigné de celui pourtant prestigieux qui l'avait précédé, entaché aussi depuis la veille par son absence remarquée d'une cérémonie dans un cimetière où reposent des milliers de soldats américains tombés sous la mitraille de 14-18.... mais absent de cette cérémonie sous prétexte de pluie (!), puis encore son autre absence aux côtés des autres invités d’Emmanuel Macron participant au premier Forum de la Paix. Que dire ? L'on en reste pantois.

On ne saurait se montrer plus "insultant", pour reprendre le vocabulaire du Président américain, à l’égard du multi-latéralisme, ce principe sur lequel repose, malgré ses lourdeurs et ses lenteurs, la paix dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, guerre que les dirigeants des années 20 et 30 avaient pourtant vu venir, tout en étant incapables d’en arrêter la mécanique infernale.

Les années 30 ? Voilà qu’elles se rappellent aujourd'hui à notre souvenir dans les discours entendus hier avec beaucoup de justesse.

Celui d’Emmanuel Macron, soulignant que "le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme" et que ceux qui disent "nos intérêts d’abord" vont à l’encontre des "valeurs morales" de toute Nation. L"America First" de Donald Trump était clairement visé, comme d'autres nationalismes exacerbés et représentés hier par leurs sombres figures.

Celui d’Angela Merkel qui s’inquiète, de son côté, de voir la coopération internationale "et même le projet européen de paix" aujourd’hui remis en question.

Celui, enfin, du Secrétaire Général des Nations Unies, Antonio Guterres, évoquant, lui aussi, les années 30 et cet "engrenage invisible" qui a conduit à la guerre malgré les "plus jamais ça" de 1918.

Les "passions tristes" et les "anciens démons, que la France et l’Allemagne ont su ensemble conjurer, sont toujours à l’œuvre, même au cœur de notre Europe, voulue et bâtie précisément pour les en chasser.

Mais, de cela et de ces démons renaissants à l'évidence, Mr Donald Trump - et ses affidés idéologiques - s’en moquent totalement, enfermés qu'ils sont dans leur populisme racoleur.

Si l'on n'y prend pas garde d'urgence, il y a danger. L'Europe est et doit rester notre rempart : car il n'y en a pas d'autres.

F.VDV

08 novembre 2018

HISTOIRE ET POLÉMIQUE

HISTOIRE ET POLÉMIQUE

mouvement démocrate,politiqueEmmanuel Macron juge "légitime" d’associer le Maréchal Pétain à l’hommage militaire rendu aux Invalides à Paris, ce prochain samedi, à tous les vainqueurs de 1918, soldats comme à leurs chefs sans exception aucune, à l'occasion de la commémoration du 100° anniversaire de l'armistice mettant fin à l'un des plus importants charniers de l'Histoire de l'Europe.

Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration a ranimé la flamme de la polémique autour d’un invité posthume encombrant, Philippe Pétain, même si le Président Macron n'a pas prévu y assister et ne sera représenté que par son chef d'état-major.

Pour le Président de la République, rattrapé par le sujet lors de toutes ses étapes de Charleville-Mézières à La Flamengrie, cet hommage est donc "légitime", s’agissant de celui qui a été "pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat", avant ses "choix funestes" qui l’ont conduit à la collaboration avec l’occupant nazi en 1940.

Pour beaucoup de voix à gauche, comme pour le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Vichy aurait donc effacé Verdun, et la condamnation à l’indignité nationale prononcée à la Libération par un Tribunal contre l’ancien héros de la Marne devenu complice, vingt-deux ans plus tard, de la déportation des juifs français, ne saurait être levée, fût-ce le temps d’une cérémonie commémorant ses faits d’armes antérieurs.

Mais le CRIF ignore que Montesquieu prévenait, déjà en son temps, qu'un "peuple connait, aime et défend toujours plus l'image gravée dans sa mémoire que les lois", même celles prononcées par un Tribunal quel qu'il fut. Et l'image du vainqueur de Verdun est restée gravée dans notre Histoire par dessus les vicissitudes, même condamnables, qui ont suivi son parcours lors de son naufrage de fin de vie.

Hier encore, dans l’Aisne, Emmanuel Macron a dû revenir de nouveau sur le sujet brûlant pour dire : "Je ne pardonne rien mais je ne gomme rien de notre histoire".

Comme l’ont fait, bien avant lui, tant le Général de Gaulle lui-même, que Pompidou, Giscard d'Estaing et François Mitterrand - qui, tous, avaient connu les deux guerres et les deux faces du Maréchal - Emmanuel Macron a rappelé à son tour cette page de notre Histoire. De Gaulle disait même de Pétain, en 1966, que "la gloire qu’il acquit à Verdun (…) ne saurait être contestée ni méconnue par la Patrie". Et Mitterrand, au grand dam de sa famille politique, fit longtemps fleurir chaque 11 Novembre, pendant 14 ans, la tombe du Maréchal à l’île d’Yeu…

La reconnaissance, beaucoup plus tard en 1995, par Jacques Chirac de la responsabilité de l’État français et de son chef de l’époque dans la déportation des juifs français aurait donc dû clore définitivement le débat. Mais ce débat revient aujourd’hui de plein fouet.

Faut-il s'en étonner ?

Non, l'Histoire, et particulièrement dans ses commémorations, ne peut rien oublier, ni ses parts de lumière ni celles de ses ombres : les deux restent intimement liées l'une à l'autre, et elles continuent même de s'expliquer indissociablement l'une par l'autre. Aucun oubli n'y a donc sa place.

F.VDV