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02 décembre 2019

LE DILEMME AFRICAIN

"LE DILEMME AFRICAIN"

mali.jpgL’hommage rendu aujourd’hui, dans la cour des Invalides aux treize soldats français morts au Sahel fait partie de ces images fortes d'émotion qui vous étreignent au plus profond de vous-mêmes. La parole portée par le Président de la République, sobre de mots, ne pouvait que recueillir le respect unanime de ceux qui l'ont entendue, y compris de celles et ceux qui vivaient dans leur chair le mari, le père, le conjoint disparu de leurs yeux dans ce drame épouvantable.

Au-delà de la dette imprescriptible que la France avait envers ces jeunes hommes tombés pour elle, quoi qu’on pense du bien-fondé de cet engagement militaire, c’était aussi se montrer respectueux de leurs sacrifices et redevables à ceux qui les ont consentis, avant même de s’interroger sur la pertinence de la décision politique qui est à l’origine de ces faits de guerre. Car c'est bien d'une guerre dont il s'agit.

Mais, une fois passée cette cérémonie, la question peut se poser encore, et avec persistance, de savoir pourquoi ces treize militaires sont allés s'exposer à la mort dans ces contrées si lointaines.

Pourtant, au-delà de ce questionnement, tout-à-fait légitime, il est évident que notre présence militaire au Sahel reste indispensable, même s'il elle n'a pas toujours convaincu de sa totale efficacité.

Qu'on le veuille ou non, l'Afrique est la porte la plus proche de l'Europe. Non, elle n'est pas lointaine : c'est une erreur de le penser. Des millions d'africains ne cessent de frapper à notre porte dans l'espoir de trouver chez nous tant et tant qu'ils ne trouvent pas, ou ne trouvent plus chez eux. Ils seront plusieurs dizaines de millions dans peu de décennies. Et la France, dont nombre d'africains partagent la langue et connaissent quelques bribes de notre culture et de notre société - que nous avons contribué à leur faire connaître depuis plusieurs siècles - est particulièrement sollicitée par cet attrait qu'elle suscite.

Il est inutile d'espérer que des barrières, qu'elles fussent maritimes, aériennes ou terrestres empêcheront ce flux puissant de gagner tôt ou tard nos propres contrées. C'est pure illusion que d'imaginer le contraire.

Protéger donc le continent africain de la peste contagieuse des Daech ou autre "état islamique", c'est se protéger nous-mêmes, protéger nos nations, nos cultures, donc protéger notre propre avenir. Et quand certains de nos dirigeants préconisent aujourd'hui que nos soldats "rentrent chez nous" et abandonnent le combat contre cette peste rampante, c'est nous enfermer dans l'une de ces politiques de l'autruche - que l'on ne connait que trop - où l'on ne veut ni rien voir venir ni entendre.

Évidemment, peut-on pour autant rester immobiles et silencieux face à certains comportements ?

• puisque la France est en pointe dans ce dur combat - et presque seule pour le conduire, comme un défi livré à elle-même - pourquoi l'Europe reste-t-elle aveugle et sourde face à ce danger qui frappera tôt ou tard tout le continent européen si rien n''est fait pour le contrer ? Pourquoi l'Europe ne contribue t-elle pas elle-même, par une plus forte implication, à ce combat au-delà de quelques contingents bien symboliques ?

• pourquoi les forces de l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord !) chargées de protéger autant les côtes canadiennes ou celles US que toutes les rives au-delà l'Atlantique qui contournent l'Europe, pourquoi donc restent-elles indifférentes à ce combat qui pourrait bien un jour traverser l'océan si l'on laissait l'une de ses deux rives livrée à la peste ?

• pourquoi les états africains, où se déploient depuis tant d'années les forces françaises pour les consolider dans leur rôle de jeunes nations encore naissantes, pourquoi ces états se complaisent-ils dans une certaine incapacité à faire respecter leurs prérogatives sur la totalité de leurs territoires, abandonnant le reste à ceux qui veulent les dominer et renverser toute forme de démocratie, y compris eux-mêmes ? Pourquoi ces mêmes états se contentent-ils de notre soutien armé mais, dès lors que la France les pousse à prendre davantage de responsabilités dans l'exercice de leurs fonctions, pourquoi l'accusent-ils aussitôt d'ingérence dans la conduite de leurs affaires jusqu'à semer le trouble dans leurs propres populations ?

Cette absence de réponses à toutes ces interrogations, comme peut-être à d'autres aussi, peut nous conduire nous-mêmes à une certaine lassitude.

C'est un autre danger qu'on ne peut ignorer, même au-delà des hommages.

Il est temps, face à lui et ce qu'il peut induire, que la France réagisse désormais vigoureusement près ses partenaires. Quitte jusqu'à aimablement les bousculer un peu.

François VAN DE VILLE, Secrétaire Général du MoDem  du Gard

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