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mercredi, 10 octobre 2012

BAYROU PIÉGÉ PAR LA QUADRATURE DU CENTRE ?

TRIBUNE LIBRE

de Marie-Anne KRAFT

La conception du Centre par François Bayrou, prônant une coopération politique, est-elle incompatible avec le principe de compétition des partis et le condamne-t-elle intrinsèquement à l'isolement ?

La seule chose qu’ont retenu la presse et les médias de l’Université de rentrée du Mouvement Démocrate - qui vient de se tenir à Guidel dans le Morbihan - c’est la dissension dans les rangs des militants, certains étant tentés de rejoindre l’UDI (Union des Démocrates et des Indépendants), d’autres de soutenir la majorité présidentielle et enfin le reste (en fait c’est la majorité) confirmant le souhait de garder la ligne d’indépendance du centre.

La ligne d’indépendance est toujours confirmée par François Bayrou et la majorité des cadres du MoDem, ce qui n’empêche pas une volonté de rassemblement, avec le centre-droit de l’UDI, comme avec le centre-gauche et sans ralliement de fait à la droite. Selon les journalistes, cette situation maintient François Bayrou dans une posture d’isolement.

Dommage que cette question occupe tout l’espace médiatique car elle occulte des réflexions et des positionnements du Mouvement Démocrate très intéressantes sur les sujets essentiels pour le pays, sur l’Europe et le Traité européen, sur nos  finances publiques et le financement de notre protection sociale, sur la compétitivité de nos entreprises et l’indispensable redéploiement industriel, sur les questions de démocratie,…

Que dit François Bayrou sur sa vision du Centre ?

mouvement démocrate,bayrou,politiqueLe propre du "Centre", vu par le Mouvement Démocrate, et c’est même son ADN, sa génétique, c’est de :

• s’appuyer sur des valeurs (de la démocratie et de la république) et un comportement (la tolérance, l’équilibre, le pluralisme, l’exemplarité, dire la vérité, faire confiance à un citoyen conscient et responsable),
viser en premier lieu l’intérêt du pays (avant les intérêts opportunistes de postes et de clans partisans), en conjuguant justice et efficacité économique,
pouvoir discuter avec les autres partis, les républicains de droite comme avec les sociaux-démocrates de gauche, en passant par les écologistes de droite ou de gauche, en dépassant les clivages, pour se mobiliser sur les problèmes essentiels du pays et de l’Europe et trouver les meilleures solutions.


Il faut retrouver le sens de la coopération en sortant des affrontements perpétuels et systématiques qui sont nuisibles pour le pays et empêchent un débat sain et serein, bloquent souvent des décisions indispensables pour se sortir des crises ;

Il faut pouvoir soutenir le gouvernement sur des décisions et des réformes courageuses qui sont positives pour l’intérêt général (Traité européen, maîtrise des finances publiques mais sans occulter la nécessité de relancer l’économie, sans brider la croissance, priorité au redressement productif et à l’éducation, moralisation de la vie publique, …) tout en se permettant de critiquer ce qui ne va pas, les promesses intenables (comme un budget fondé sur de fausses hypothèses de croissance, comme le recrutement de 43.000 enseignants alors qu'il manque déjà aujourd'hui près de 1.000 enseignants par an candidats au niveau pour un recrutement de 16.000 …) ;

Donc le centre ne doit pas être inféodé à la droite (l’UMP) ou à la gauche (PS) pour garder cette indépendance de vue, quels que soient les sujets, et offrir la capacité à rassembler les Français. Si le centre se rallie par avance à la droite ou à la gauche, à l’UMP ou au PS, il perd d’ailleurs son existence, car il n’est plus le centre. Il devient un courant de la droite ou un courant de la gauche. Evidemment, cette position est risquée d’un point de vue électoral dans le contexte institutionnel de notre Vème république, son code électoral à scrutin majoritaire qui favorise la victoire des deux premiers partis, et explique les échecs électoraux du MoDem ces dernières années. Mais l'échec n'est pas inéluctable, si le centre arrive à être assez fort pour se hisser dans le duo de tête.

Que dit Jean-Louis Borloo, créateur de l’UDI ?

mouvement démocrate,bayrou,politique"La ligne politique est claire : le centre a toujours été indépendant et dans une coalition avec la droite républicaine"

"Ce nouveau parti - l’UDI - est ouvert à tous ceux qui acceptent sa ligne politique claire de coalition du centre et de la droite républicaine"

Or il ne définit pas ce qu’est le "centre". À tout le moins, ce ne peut pas être la définition que donne François Bayrou, à l’antinomie d’un ralliement de fait à droite.

Notons au passage qu’il n’est pas vrai que le centre a toujours été dans une coalition avec la droite, a fortiori le parti radical. Si on regarde l’histoire du centre et du parti radical, c’est complètement faux. Comme le dit François Bayrou, le "cartel des gauches" était à l’initiative du Parti Radical dirigé par Edouard Herriot. La jeune République de Marc Sangnier, puis le MRP, de même le Conseil National de la Résistance avec Georges Bidault, ont démontré l’alliance politique du centre avec la gauche. Dans l’histoire plus récente de la Vème République, des centristes ont gouverné avec la gauche (Jacques Delors et Michel Rocard).

Comment l’UDI peut-elle prétendre être d’avance ralliée à la droite sans avoir dit sur quels contenus elle marque son accord et comparé avec ce que propose le gouvernement ?

Pourquoi la grande majorité des élus de l’UDI (qu’ils soient radicaux valoisiens, venant du "Nouveau Centre" ou de la "Gauche Moderne") ont-ils soutenu Nicolas Sarkozy dès le premier tour des présidentielles ? Ils auraient pu soutenir François Bayrou, s’ils étaient proches de ces valeurs du Centre, quitte à annoncer qu’au second tour ils opteraient pour Sarkozy en cas d’échec de Bayrou.

Ceci signifie-t-il qu’ils préféraient adhérer aux valeurs et aux idées de Nicolas Sarkozy, à sa façon de gouverner, en renonçant par avance au centre, plutôt qu’adhérer à celles de François Bayrou, dont l’ambiguïté du choix au second tour risquait de les mettre dans l’embarras ? En fait la raison est connue : c’est plutôt dans l’intérêt de préserver leurs mandats de député aux législatives, évitant pour nombre d’entre eux une concurrence UMP, qu’ils ont fait ce choix.

Ont-ils seulement réagi au discours de Grenoble et de Dakar de Nicolas Sarkozy ? Ont-ils réagi à l’outrance de la dernière ligne droite de la présidentielle, notamment au discours de Toulouse, où Nicolas Sarkozy a prôné de réintroduire partout les frontières : entre pays et aussi entre le bien et le mal, entre le beau et le laid ? Non. Seul Dominique Paillé a osé une critique sur ce point.

Enfin, chose curieuse, lorsque les personnalités politiques de l’UDI sont consultées sur leur préférence entre Copé et Fillon pour la présidence de l’UMP, certaines (comme Hervé Morin) se prononcent pour Copé, comme d’ailleurs Jean-Pierre Raffarin. Pourquoi ? En fait d’une part parce que Jean-François Copé s’est prononcé pour des "courants" dans la majorité UMP (l’UDI pouvant être considéré comme un courant), contrairement à Fillon qui n’y est pas favorable. Et, d’autre part, paradoxalement, car Copé incarne une droite "décomplexée", plus dure que celle de François Fillon qui a, en fait, une image plus conciliante et plus rassembleuse, pour lequel François Bayrou a d’ailleurs beaucoup d’estime, car l’UDI se démarquerait ainsi plus d’une UMP plus droitisée.

Ainsi, l’UDI préfère un candidat plus éloigné de l’esprit centriste et humaniste, pour mieux jouer l’affrontement dans la compétition, au lieu de tabler sur un meilleur dialogue pour l’unité. Le comble !

 CONCLUSION :

• L’UDI peut difficilement se proclamer du centre : elle est plutôt un courant de la droite.

• Les élus de l’UDI sont manifestement plus préoccupés par la conservation de leurs postes que par ce qui fonde les valeurs du centre.

• S’ils veulent vraiment un rassemblement avec le Mouvement Démocrate, c’est possible à condition de ne pas lui imposer ce ralliement de fait à droite.

• Si l’UDI voulait vraiment un centre fort, elle devrait prôner un centre indépendant non rallié d’avance, comme le propose François Bayrou, votant au premier tour pour le candidat centriste (il n’y aurait plus plusieurs candidats centristes en concurrence). Ceci même si les membres de l’UDI ont une préférence à droite au second tour. Concernant la concurrence entre les prétendus leaders de ce centre, c’est simple : il suffit d’organiser des primaires au centre, comme le proposent François Bayrou, prêts à jouer le jeu.

• Il ne faut pas considérer que la bipolarité du système électoral implique nécessairement une victoire au second tour du candidat UMP ou du candidat PS. Un centre renforcé peut très bien arriver en seconde position, comme François Bayrou a failli y arriver à l’élection présidentielle de 2007, comme Valéry Giscard d’Estaing y était aussi parvenu. Et dans un tel cas, le candidat du centre a même plus de chance de gagner le second tour. On peut tout à fait prôner un rassemblement du centre avec l'UDI, mais sans se rallier par avance. Libre à des composantes de ce centre d'être dans une logique de ralliement à droite (ou à gauche) au second tour. Le fait d'être uni au 1er est une force et permet au Centre de peser et un jour d'accéder au second tour ;

• dans une situation de crise où les positions se radicalisent aux extrêmes, où "les partis se tiennent par leur noyau dur"» (comme François Bayrou en a énoncé avec humour un théorème), il n’est pas impossible qu’un parti extrême arrive en seconde position, que ce soit l’extrême droite ou l’extrême gauche.


Les lignes de clivages changent. Et plutôt que droite/gauche, les lignes marquantes s’affirment plutôt sur de grands choix de société : pour ou contre l’Europe ou l’Euro, pour ou contre l’équilibre des finances publiques, pour ou contre le protectionnisme économique.

Remarquons que l’UMP, une majorité du PS et du Centre (Centre droit et Modem) sont d’accord avec ces grandes options économiques alors que une partie d'EELV, le Front de Gauche (Parti de Gauche et Communistes), les souverainistes de droite et le Front National ne le sont pas. La gauche et la droite marquent leur désaccord plutôt sur des surdéréglages fiscaux et sur des questions sociétales moins prioritaires et plus accessoires (mariage et adoption homosexuelle, vote des étrangers aux élections locales, dépénalisation du Cannabis, etc…). Du coup le débat public focalise plus sur ces questions. 

Cette tendance risque de s’affirmer et pourrait nécessiter une mobilisation centrale contre les extrêmes. Le centre peut alors être le recours pour une France réconciliée autour d’une majorité centrale.

Le 4 Octobre 2012

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