Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 18 juin 2012

LE JOUR OÙ BAYROU A CHOISI DE VOTER HOLLANDE

 

Jeudi 3 mai à 19h15 : François Bayrou prononce la phrase qui met le feu à une bonne partie de son électorat.

 


par Hubert BRUYÈRE


Jeudi 3 mai à 19h15 : Il n'a rien dit. Il a juste demandé à disposer d'une heure pour écrire sa déclaration. En cette fin d'après-midi du jeudi 3 mai, personne ne sait vraiment quel est le choix de François Bayrou pour le second tour de l'élection présidentielle.

Une seule chose est sûre. Il ne restera pas dans le vague. Il l'a dit dès le début de sa campagne électorale. Il veut en finir avec le centre flou et le centre mou.

Dès le soir du premier tour, quelques-uns ont plaidé en faveur d'une déclaration laissant les électeurs libres. Jean Lassalle est de ceux-là. "J'avais le sentiment que plus on se rapprocherait de la date fatidique, plus on aurait de coups à prendre".

Des messages affluent

La position du MoDem commence à se jouer à Paris devant la télévision. François Bayrou, Marielle de Sarnez et quelques poids lourds du parti regardent ensemble le débat qui oppose Nicolas Sarkozy à François Hollande. Sur le portable de François Bayrou, les messages affluent. Après l'émission, le candidat à la présidentielle joint Jean Lassalle. Les deux Béarnais échangent leurs impressions. "Il était sur la ligne définie : la liberté de vote", estime le maire de Lourdios. François Bayrou appelle aussi Jean-Jacques Lasserre. "Il m'a semblé que sa décision n'était pas prise", confie ce dernier. Le sénateur a déjà fait savoir qu'il ne votera pas socialiste. Il évoque son expérience départementale… avec un PS qu'il juge "dogmatique". Pierre Laguilhon, son ancien suppléant, lui aussi contacté, le met en garde : "Attention, les gens de la circonscription, ce ne sont pas des Parisiens"

Paris penche pour Hollande

Jeudi matin, au premier étage du 133, rue de l'Université, les membres du comité stratégique de la campagne présidentielle sont autour de la table.

Pierre Bernard-Reymond, Sénateur des Hautes-Pyrénées, un chiraquien qui a opté pour Bayrou, est le premier à prendre la parole. La "dérive" de Nicolas Sarkozy vers les idées du Front national lui est insupportable. Il annonce son choix de voter pour François Hollande. Ils sont plusieurs à faire de même : le député de la Dordogne, Daniel Garrigue, lui aussi un ancien de l'UMP. Sans surprise, l'ancien Vert Jean-Luc Benhamias plaide pour un vote en faveur de Hollande, tout comme Robert Rochefort. Ainsi s'esquisse un large assentiment en faveur du candidat socialiste. "C'était impressionnant à voir", témoigne un participant. Très peu, trois ou quatre, argumentent en faveur de la liberté de vote.

L'appel à voter blanc, lancé la veille au soir par Marine Le Pen, pèse aussi sur les débats. Est-il concevable que les centristes fassent le même choix que la présidente du Front national ? François Bayrou est confronté à deux sensibilités. Son entourage parisien est soucieux d'afficher une rupture avec la Sarkozie et le Front national. Sur le terrain, dans le fin fond des circonscriptions, ses amis, le plus souvent élus avec des voix venant de l'UMP, le mettent en garde contre le séisme que provoquera le choix en faveur de François Hollande.

La question taraude les esprits quand, en début d'après-midi, se réunit dans l'amphithéâtre du rez-de-chaussée le conseil national du MoDem. Cette instance comprend quelque 250 membres : tous ne sont pas là. Le choix a été fait de laisser parler les militants. Là aussi, les partisans du vote Hollande marquent des points. Robert Rochefort, Marielle de Sarnez pèsent en faveur d'une déclaration dans laquelle François Bayrou dira "qu'à titre personnel" il vote pour le député de Corrèze.

Lassalle se désolidarise

Il est plus de 17 h 30. Jean Lassalle se jette à l'eau. Il invoque son amitié indéfectible pour François Bayrou. Mais il ne passe rien sous silence de son désaccord. "C'était à la fois très émouvant et très impressionnant", glisse un témoin. "Si tu as changé d'avis, lance-t-il, je serai obligé de me désolidariser de ce vote personnel, car je ne le ressens pas du tout. C'est une affaire qui ne fera pas avancer notre cause".

François Bayrou a laissé parler chacun. Il se retrouve seul face à un choix cornélien. Il monte dans son bureau. Et se met à écrire. À 19 h 15, il fait face à une forêt de micros et de caméras. Il dévoile son choix personnel. Dans le fond des circonscriptions, une bonne partie de ses électeurs le reçoit comme un coup de poing à l'estomac.


(NDLR : ainsi s'est tournée une page du MoDem et du destin de François Bayrou. Cette page-là appartient à l'Histoire)

Commentaires

L'opportunisme n'est pas toujours payant.
__________________________________________
RÉPONSE : opportunisme. Définition du dictionnaire : "attitude consistant à agir selon les circonstances pour en tirer le meilleur parti, en faisant peu de cas de ses principes". En ce qui concerne François Bayrou, il est l'exemple parfait d'un non-opportuniste. Il n'a rien négocié. Sa décision ne lui a rien rapporté, tout au contraire. Et il est resté fidèle à ses principes sans en changer un iota. Le mot "opportunisme" que vous avez utilisé est totalement inapproprié. Salutations.

Écrit par : gallican | jeudi, 09 août 2012

Les commentaires sont fermés.